Depuis Mai 68, Maurice Rajsfus recense les bavures des forces de l’ordre sur des fiches Bristol


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Depuis Mai 68,  Maurice Rajsfus recense les bavures des forces de l’ordre sur des fiches Bristol

Le journaliste, dont les parents arrêtés par un policier voisin sont morts en déportation après la rafle du Vél d’Hiv, a documenté les dérives des forces de l’ordre bien avant les gilets jaunes, de Mai 68 à 2014. A 91 ans, il veut transmettre ses archives.

Maurice Rajsfus a choisi de régler ses comptes avec les forces de l’ordre autrement qu’en jetant des pavés lors de manifestations. Pendant quarante-six ans, il a préféré collectionner tous les éléments qui dressaient le portrait d’une police française à la dérive, loin des grands principes censés guider son action. Une mission qu’il s’est donnée alors qu’il était encore journaliste, se transformant en «historien de la répression» chaque soir pendant une heure. Ça a débuté en Mai 68 : «C’était le lendemain du 3 mai, le jour des premiers heurts à la Sorbonne. Je me rappelle, j’avais mon bureau dans le canard où je travaillais. Je prends le métro et, arrivé à la station Saint-Michel, les portes s’ouvrent avec une odeur de lacrymo épouvantable et des gens la gueule en sang. Le lendemain, on a commencé à parler de ça. C’est là que j’ai commencé à découper les journaux.»

C’est peu de dire que l’homme entretient à l’égard des forces de l’ordre une certaine animosité. Elle l’amène par exemple à considérer que «la police de la République n’a jamais été républicaine». De quoi faire bondir jusqu’au chef de l’Etat, qui récuse depuis des mois l’expression même de «violences policières» : «Ils peuvent récuser tout ce qu’ils veulent. La violence policière, elle est dans l’ADN du policier. Quand il y a des brutalités sans nom, on nous dit simplement qu’ils ont effectué des gestes enseignés en école de police.» Les titres de ses livres parlent d’eux-mêmes : la Police hors-la-loi, les Mercenaires de la République ou encore Je n’aime pas la police de mon pays. C’est peu de dire, aussi, que l’homme a ses raisons. Le matin du 16 juillet 1942, le jeune Maurice - âgé de 14 ans - et sa famille sont arrêtés chez eux par deux policiers. L’un d’eux, patronyme Mulot, est leur voisin de palier. C’est la rafle du Vél d’Hiv : 13 000 Juifs embarqués par les forces de l’ordre françaises sur commande du régime nazi. Moins d’une centaine survivra à la déportation. Maurice Rajsfus et sa sœur devront leur vie à un ordre qui permettra la libération des enfants français âgés de 14 à 16 ans. Et surtout à leur mère, qui leur dira «partez de là», quand d’autres garderont leurs enfants auprès d’eux. Ses parents, Juifs polonais qui vendaient des chaussettes à Aubervilliers, ne reviendront pas.



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