La distribution de la presse sous la coupe des puissances d’argent


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La distribution de la presse sous la coupe des puissances d’argent

Dans L’Âge d’or de la corruption parlementaire 1930-1980, l’historien Jean-Yves Mollier explique comment à la Libération les puissances d’argent ont perverti le projet de création par les résistants d’un service public de la distribution de la presse. Et comment, en retour, Hachette a corrompu la vie publique.

La mainmise de quelques milliardaires sur la presse française est au cœur d’un débat récurrent. Et Mediapart a multiplié les enquêtes ces dernières années pour établir l’onde de choc que cela a suscité : tout à la fois, la normalisation économique des plus grands titres français, autrefois indépendants, que cela a entraînée ; et la normalisation éditoriale qui en a souvent découlé. Avec en bout de course une mise en cause du droit de savoir des citoyens.

Mais, précisément, quand on évoque ce débat, c’est de la fabrication des journaux, et de leurs contenus éditoriaux, que l’on parle le plus souvent. Et pas de leur distribution. Or, pour la liberté de la presse, cet autre volet du débat, qui a trait à la diffusion des journaux, est tout aussi essentiel. Car si cette diffusion n’est pas universelle et égalitaire, c’est le pluralisme de la presse qui peut être menacé. Et donc, de nouveau également, le droit de savoir des citoyens. Cet autre volet du débat, moins souvent évoqué que le premier, est d’autant plus décisif que le système de distribution de la presse a connu les mêmes évolutions que les grands journaux : il a fait aussi l’objet d’une prédation par les puissances d’argent, et tout particulièrement le groupe Hachette.

C’est le très grand intérêt de l’ouvrage L’Âge d’or de la corruption parlementaire 1930-1980 (Perrin, 352 pages, 24 €), de Jean-Yves Mollier que de l’établir. Historien, spécialiste de la presse, de l’édition et du livre, l’auteur retrace la grande ambition du Conseil national de la résistance qui voulait non seulement refonder la presse, pour qu’elle soit indépendante des puissances financières, mais aussi créer un grand service public de la distribution de la presse. Et il détaille comment, par la corruption de quelques parlementaires, dont un certain… François Mitterrand, la Librairie Hachette est parvenue à échapper à la nationalisation, et à façonner une loi en 1947, la loi Bichet, qui a sauvegardé sa mainmise sur le système des messageries de la presse. Et pour finir, il établit comment Hachette n’a par la suite cessé de soutenir financièrement ceux qui l’avaient aidé : par exemple en finançant en secret leur campagne électorale, jusque dans le courant des années 1960.
C’est de cette histoire trouble que nous avons voulu nous entretenir avec Jean-Yves Mollier. Une histoire qui permet de mieux comprendre le naufrage des messageries françaises de presse, et notamment de la dernière société qui en a récupéré la charge, Presstalis. Et qui permet aussi de comprendre la nécessité d’une refondation démocratique non seulement de la presse française, pour qu’elle reconquière son indépendance, mais aussi de la loi Bichet, qui encadre sa diffusion et qui mérite d’être revue pour prendre en compte la nouvelle donne du numérique.



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