Qui a volé le coeur de Louis XVII, second fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette ?


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Qui a volé le coeur de Louis XVII, second fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette ?

Louis XVII dauphin de France serait mort dans l'anonymat et dans des conditions détestables en prison, en 1795 à l’âge de 10 ans. Son coeur, prélevé par le docteur Pelletan, est conservé à la basilique Saint-Denis.

Mais le mystère autour de sa mort demeure car en dépit des analyses ADN pratiquées en 2000 sur le cœur présumé de Louis XVII, certains historiens (royalistes) n'écartent pas l’hypothèse selon laquelle l’enfant mort à la prison du Temple le 8 juin 1795 n’est pas Louis XVII (qui se serait évadé grâce à l’aide de royalistes, ou qui serait mort antérieurement ) et que de ce fait le coeur conservé à la basilique Saint-Denis serait celui d'un enfant plus âgé qui lui aurait été substitué...

***

En attendant, voici la story du Dr Pelletan qui déroba le cœur de Louis XVII à la prison du Temple où il fut appelé pour l’autopsie du corps.

***

Le Dr Pelletan était un bon médecin, loyal au nouveau régime des Thermidoriens, après la décapitation de Louis XVI en 1793 et celle de Robespierre en 1794.

L’air est léger le matin du 9 juin 1795 dans les rues de Paris. Il règne un silence inhabituel, comme si la ville retenait son souffle. Louis XVII le dauphin est mort dans sa cellule misérable de la prison du temple.
Le Dr Pelletan est appelé par le Comité de salut public pour une mission spéciale, intimement liée au destin de la Révolution : autopsier le corps de l'enfant de 10 ans.

Longeant la Seine pour rejoindre la prison du Temple, Philippe-Jean Pelletan marche d’un pas rapide avec à ses côtés son jeune élève, Guillaume Dupuytren.

La mort misérable du môme Louis XVII révolte le médecin : la Révolution ne dévore pas seulement ses enfants, elle trahit ses idéaux humanistes en sacrifiant des victimes innocentes.

« Alors, qu’avez-vous décidé ? Vous venez avec moi ? » demande le docteur Pelletan, en jetant un coup d’oeil derrière lui, de plus en plus agacé par la présence évanescente de son apprenti, Guillaume Dupuytren, le plus doué de ses élèves, dont le pas ne cesse de ralentir depuis quelques mètres.

Philippe-Jean Pelletan lui a proposé de l’accompagner à la prison du Temple, une faveur !

C’est une mission délicate : il leur revient de dire que le jeune Louis XVII est mort « naturellement » dans cette prison, et non en raison des mauvais traitements qui lui ont été infligés.
Pour exempter la Révolution de sa faute. Et montrer que la mort de ce petit roi a été causée par la maladie que ses ancêtres étaient supposés guérir : les écrouelles, une infection de ganglions du cou. Donc que la magie royale a disparu.

Mais il sent que son élève a peur. Cet ambitieux qui n’a de cesse de naviguer entre les dépouilles et les corps pour faire avancer sa carrière, de jouer du bistouri comme d’un instrument d’ascension sociale, évite soigneusement les situations qui pourraient compromettre son avenir. « Non, je crois que je vais finalement retourner à l’hôpital pour vérifier quelque chose... Je vous retrouverai demain. »

Le rouge monte aux joues du docteur Pelletan. Cet enfant fait encore peur.
Malgré ses craintes, il poursuit son chemin.

Dans la cellule sombre, les autres médecins sont déjà penchés sur le corps de l’enfant, posé sur une table en bois. « On n’attendait plus que vous ! » s’exclame le docteur Dumangin, manifestement excité par la perspective de découper le cadavre royal.

En voyant ce corps si maigre, abîmé par les mauvais traitements, recroquevillé, le docteur Pelletan sent son coeur se serrer. L’instant d’après, il fend la dépouille d’un coup de scalpel, sans trop savoir ce qu’il cherche.

Il est visible que l’enfant est décédé de tuberculose osseuse. « Tout de même, s’exclame le docteur Lassus à la fin de l’examen, pour un enfant royal, finir ainsi ! Quand je pense qu’autrefois, les reliques des rois étaient embaumées et finissaient dans des tombeaux en marbre et des vases en cristal ! »

Avant de réparer la poitrine de l’enfant, le docteur Pelletan profite de l’inattention de ses collègues. Rendre justice à l’innocent, empêcher que ce corps, autrefois sacré, disparaisse dans une fosse commune. En un instant, il s’empare de son coeur, l’enveloppe d’un linge et le glisse dans sa poche.
Un geste de déférence ou de soumission qui peut lui coûter la vie !!!

Revenu chez lui, Pelletan plonge la relique dans un vase rempli d’alcool.
Dans quelque temps, une fois le liquide évaporé, le petit coeur deviendra une sorte de caillou sec et dur que le docteur glissera dans son tiroir comme un talisman.


En 1815, 20 ans plus tard, les Bourbons sont de retour sur le trône avec Louis XVIII.
Le docteur Pelletan n’a de cesse de vouloir restituer le coeur à sa famille.
Mais les rumeurs vont bon train au sujet de Louis XVII.
Son corps a disparu et cette période troublée alimente les fantasmes : aurait-il pu s’évader ? L’un de ces aventuriers prétendant être Louis XVII n’est-il pas l’enfant du Temple ?

Inquiets, les rois Louis XVIII et Charles X se méfient de tout ce qui a un lien avec leur défunt neveu et refusent de rencontrer le docteur.

Dépossédé de sa chaire par son élève, le fourbe et habile Dupuytren, Philippe-Jean Pelletan est, à la fin de sa vie, l’objet de calomnies et d’intrigues.
Quelques jours avant son décès, il confie le coeur à l’archevêque de Paris. Il meurt en 1829, presque aussi pauvre qu’il l’était lors de ses études : il ne touche alors que sa pension de membre titulaire de l’Institut de France.

Le coeur de Louis XVII sera authentifié, en 2000.

Deux siècles plus tard, le docteur Pelletan connut une gloire posthume : son geste a permis de résoudre l’une des plus grandes énigmes de l’Histoire de France.


SOURCE : Louis XVII, la vérité, de Philippe Delorme, édition Pygmalion (2000).



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