Juan Branco sur Facebook au Sujet de Richard Descoings (défunt directeur de Sciences Po Paris) -


juan branco, richard descoings
Juan Branco sur Facebook au Sujet de Richard Descoings (défunt directeur de Sciences Po Paris) -

J'avais de longs échanges avec Descoings, directeur de Sciencespo, fondateur des conventions CEP, homosexuel revendiqué, marié et fièrement amoureux - disait-il - à une femme de la haute bourgeoisie qu'il avait recruté, et qui se révélerait clef dans sa stratégie d'ascension au sein d'un petit Paris conquis à travers les concours, cette nouvelle forme d'aristocratisation de l'espace public.

On en parlait ici. Sur Facebook. C'était en 2007. Le réseau social venait d'arriver. On était les premiers. Je lui avais demandé: mais, ça vous prend souvent, comme ça, avec des élèves... d'échanger ?

"Non, ça ne m'était jamais arrivé".

Il y en aurait d'autres, et bientôt ce profil deviendrait un lieu d'interactions délirant, où le directeur de l'une des plus importantes écoles de Paris échangerait avec ce que d'élites, préfets, enfants, femmes et maris de notre pays produisait de plus veule et ambitieux.

Ainsi les demandes de service, d'intégration par le biais, de petits arrangements. Tout y passait.

Il m'avait donné ses codes. La courtisanerie, le rire, la séduction, la saleté.

Au quotidien, une pulsion.

Descoings m'a absorbé, un temps. J'ai résisté et rompu lorsque, voulant se "donner" à la sarkozie triomphante qui lui promettait un poste de ministre, il a accepté le principe d'une "mission" visant à le présenter au grand public, qui l'autoriserait à faire le tour des lycées sur fonds d'Etat et prétexte de service public pour ainsi faire monter une sauce médiatique et politique qui naturellement, au pouvoir le déposerait.

Voilà comment les choses se font, et comment cet homme de "gauche" trahirait ses valeurs pour un poste auquel finalement il renoncerait, tandis que je m'écartais, furieux et indigné d'un comportement que je lui reprochais d'autant plus qu'il m'avait proposé de l'accompagner.

Plus tard, je l'ai retrouvé, émacié, écrasé, alors que des rivaux de la Cour des comptes - "corps d'Etat" ennemi du sien, le Conseil d'Etat, c'est ainsi que dans le petit Paris, les choses se font et se défont - commençaient à distiller des révélations sur sa gestion de Sciencespo. Mediapart, Le Monde et quelques autres, croquaient.

Les courtisans, pas à pas, s'écartaient.

Cet homme qui m'avait tant apporté - démystifiant la logique de concours qui m'avaient, je le pensais, sacré - je l'ai retrouvé, seul, dans ce bureau. Et j'ai décidé de l'aider. Et nous nous sommes lancés, au milieu du marasme, en un plan de réformes qui devaient le sauver.

Et la veille de sa mort, le 3 avril 2012, après avoir rencontré Ban Ki Moon, ce mot: "j'ai rêvé de vous".

Jamais jusque là, une telle intimité.

Alors je me suis souvenu, trois ans auparavant, d'une discussion, lors de laquelle, âgé de vingt ans, je lui avais parlé de moralité.

Il m'avait répondu "il n'y a pas pire que la morale. Il faut s'en protéger".

On a beaucoup reproché à Crépuscule d'être moral. Comme s'il s'agissait - ironie - d'un pêché. On l'a beaucoup reproché à ce texte, au sein d'une élite qui ne cesse de se draper de ce mot, et de sanctionner ceux qui, sous elle commettraient, justement, des pêchés, de l'avoir utilisée.

Cette élite qui craint plus que tout le retour d'un ordre moral qu'elle ne cesse d'alimenter. Il faut les voir parler à leurs employés. Leurs femmes de ménage. Leurs ouvriers. La façon dont ils les culpabilisent, leur font sentir de tout leur poids leur inadaptation, leur "mal faire", en contraste avec leur pureté.

Eux qui craignent la morale et ne cessent de l'utiliser, ont réussi à faire de leurs lieux des espaces sans droit, et savent parfaitement que seule la dignité, la clameur d'un peuple, pourrait les menacer.

Ils le savent, car à force de compromissions, ils sont devenus la lie de l'humanité. Et cette peur, cette peur ne vient que d'une évidence: la certitude que leur impérium, leur magistère, s'effondrerait si jamais leurs stigmates venaient à être renversés.

Descoings est mort de la pourriture morale d'un monde qui le rejetait, et auprès duquel il est resté trop longtemps accroché. D'un monde qui l'a empêché de vivre sa liberté, prisonnier des logiques d'intérêt qu'il avait lui même, pour s'émanciper pensait-il, créées.

Je ne l'ai jamais admiré. Et j'ai toujours résisté à l'utilisation de la morale contre ceux qui, fragiles, subissaient.

Mais le retournement contre ceux qui tiennent des discours visant à nous écraser, il faut le revendiquer.

De leurs mots, les tuer.

Nous ne sommes rien, pensent-ils. Et c'est pour ça qu'on va les renverser.



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