L’Étrange défaite de Marc Bloch


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L’Étrange défaite de Marc Bloch

Ce texte, écrit à chaud dans l'été 1940, est une analyse implacable de la défaite française.
Marc Bloch (1886-1944) qui, bien que déjà âgé, s'était volontairement engagé dans les combats de la bataille de France, a vécu la débâcle française.
Historien du Moyen Age, Marc Bloch l’avait rédigé à chaud dans sa maison de Guéret (Creuse), au cours de l’été 1940, sous le titre de "Témoignage 40".

Mais ce texte ne sera finalement publié que de manière posthume (en 1946), après son exécution en 1944 par les Allemands dans la région lyonnaise pour faits de résistance.

L’Étrange défaite est devenu, depuis quelques années, le texte de référence par excellence des crises politiques.

Marc Bloch tente d'y démêler les responsabilités militaires et politiques de cet échec mais en profite aussi pour présenter, à la première personne, le témoin qu'il est, attaché au ravitaillement en essence de l’armée du Nord qui combattait sous les ordres du général Blanchard.

La France à perdu plus de 50 000 soldats dans la guerre de 1939-1940. Même si ce chiffre peut être relativisé au regard des pertes totales de la Seconde Guerre mondiale, il reste conséquent, et bien largement supérieur notamment à l’addition des pertes anglaises, belges, hollandaises et polonaises sur la même période.

L’écrit de Marc Bloch permet de remettre en contexte les différents facteurs qui peuvent expliquer l’effroyable catastrophe de la bataille de France : un état-major sur-bureaucratisé et lent, fatigué, vieilli, déconnecté systématiquement du terrain, incapable de souplesse intellectuelle, inapte à réagir face à la vitesse motorisée, inadapté au rythme de la guerre moderne.
Le repli des troupes, à la suite de pertes de territoires, ne se réalisait jamais dans l’appréhension des bonnes distances : à peine les camps réinstallés, ils se retrouvaient déjà sous le feu des mitrailleuses et des tirs de mortiers. Aussi incroyable que cela puisse paraître, l’état major n’anticipait le franchissement des distances par l’ennemi qu’à travers ses capacités de déplacement des guerres précédentes.

Ne s’arrêtant pas à mi-chemin des absurdités, l’auteur pointe également le manque de coordination avec les forces alliées, l’incompréhension culturelle mutuelle qui finit par tourner au sauve-qui-peut pathétique. Bloch rapporte comment, dans leurs retraites, les Anglais détruisaient les ponts avant même que les Français aient pu les franchir, ou faisaient sauter des centres de communications, sans considération pour les conséquences, comme l’isolement d’une armée française entière. Il enrage du manque de communication entre l’état major et les exécutants, de l’inertie générée par les rivalités mesquines entre services, dénonce la nostalgie trompeuse de 14-18, souligne la surprise totale de la percée à Sedan par les forces allemandes, l’absence de considération pour l’importance nouvelle de l’armée de l’air, l’effroyable bruit de sirènes des bombardiers allemands, les fameux stukas.

Il relève avec ironie les manoeuvres des responsables de l’information, ceux du “2e bureau” qui, pour éviter la responsabilité d’une erreur, en viennent à produire volontairement des bulletins d’informations contradictoires : “Offrir un grand choix d’indications contradictoires n’est -ce pas se réserver le moyen de dire triomphalement, quoi qu’il arrive : « Si vous m’aviez cru “ ?”


Cette remise en contexte, en revenant sur les détails, permet de battre en brèche l’idée reçue selon laquelle les Français se seraient rendus sans combattre. Une défaite militaire ne peut avoir uniquement des origines politiques, mais procède aussi d’un contexte autonome, celui des règles de la guerre. Elle fut mal menée, mal organisée, mais il y a eu une guerre, avec des moyens matériels, des stratégies élaborées, des sacrifices.

Le dernier chapitre du livre clôt le récit sur un examen politique de l’état d’esprit collectif qui a favorisé la déconfiture.

Après avoir ciblé gauche et droite, il dénonce pêle-mêle l’affaiblissement intellectuel de la bourgeoisie, l’orthodoxie de l’enseignement, le dogmatisme, les moeurs viciées par les intrigues parlementaires, le fétichisme du potin en politique, la réaction haineuse de la bourgeoisie à l’affirmation sociale des masses comme acteur politique, notamment grâce au Front populaire. Après avoir démystifié le culte béat de la terre, dédouané le soi-disant anticléricalisme républicain accusé d’avoir désorganisé l’armée, il s’attaque franchement à l’anti-progressisme technophobe qu’il accuse d’avoir diminué la possibilité de mécanisation de la France, et finit par tirer à boulets rouges sur une société contemplative et douce que ne renierait pourtant pas les contributeurs de ce média, adeptes de la décence commune. Il dénonce la France des” journées au rythme trop lent, la lenteur de ses autobus, ses administrations somnolentes, les pertes de temps que multiplie à chaque pas un mol laisser-aller, l’oisiveté de ses cafés de garnison, ses politicailleries à courtes vues, son artisanat de gagne-petit”



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