Djadidisme, mirasisme, islamisme : extraits des Cahiers du monde russe : Janvier-juin 1996)


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Djadidisme, mirasisme, islamisme : extraits des Cahiers du monde russe : Janvier-juin 1996)

L'article signé Stéphane Dudoignon et intitulé "Djadidisme, mirasisme, islamisme" (pages 13 à 40 ) est extrait des Cahiers constituée par une sélection des communications présentées au colloque organisé à Tachkent, les 13 et 14 février 1995, par l'Institut Français d'Études sur l'Asie Centrale, sur le thème « Le djadidisme en Transoxiane (fin du xix* - début du xxe siècle) : historiographie et regards actuels ».

Ce recueil est le premier travail d'ensemble en français faisant le point de la recherche sur une page essentielle de l'histoire de l'islam en Asie Centrale : le réformisme, que l'on appelle aussi « djadidisme » dans sa phase tardive.


**** LE DJADIDISME C'EST QUOI ? ****
La naissance du djadidisme est marquée par des conditions à la fois théologiques, géographiques, historiques et sociologiques.

THÉOLOGIQUES : dès le 17ème siècle des penseurs musulmans remettent en cause le blocage des interprétations du Coran ayant eu lieu au 10ème siècle et, dès la fin du 18ème siècle, réclament le retour du « procédé de raisonnement et d’argumentation indépendant » dans l’interprétation du Coran et de la Sunna des prophètes : ce qui est appelé « la réouverture de la porte de l’igtihâd ».

GÉOGRAPHIQUES : la pratique des prières journalières et du ramadan posent des problèmes important pour des populations très septentrionales quand on arrive aux périodes ou le soleil ne se couche que fort peu ; il est donc nécessaire de repenser les pratiques figées depuis le 10ème siècle.

HISTORIQUES : la conquête de Kazan par Ivan le Terrible en 1551 fut suivi par plusieurs siècles de colonisation russe de la région Volga Oural, entrecoupée de période plus ou moins réformatrice, mais souvent avec des campagnes de christianisation forcé par l’église orthodoxe.

Le fait qu’une partie des Tatars se soient joint à la révolte de Pugacev (1773-1775) est interprété aujourd’hui comme une hostilité des populations musulmanes de Russie contre la politique discriminatoire des Tsars. Plus tard Catherine II instaura un relais musulman pour appliquer son autorité sur les populations musulmanes de l’Empire, associé à une limitation de la charia et de l’enseignement islamique à la stricte théologie.

SOCIOLOGIQUES : à la fin du 18ème siècle et surtout au 19ème siècle, on voit se développer une première bourgeoisie musulmane, d’abord commerçante issue des guildes marchandes des siècles précédents, puis, vers la fin du siècle, industrielle dans la région Volga-Oural.
Ces riches bourgeois, très impliqués dans leur région seront les mécènes d’un système scolaire, évidemment confessionnel, mais très progressiste dans son contenu – enseignement des sciences de la nature et du Russe - et dans les populations impactées – garçons et filles sont alphabétisés.
En complément, l’avènement d’une presse musulmane permit la diffusion des nouvelles idées.

Avec l’arrivée du régime soviétique le djadidisme a été le plus souvent perçu comme : « une forme dégradé du nationalisme bourgeois » et donc combattu à ce titre.



**** QUID DU DJADIDISME OUIGHOUR ? ***
Turcophone, le peuple ouïghour est Aujourd'hui présent en Chine, au Kazakhstan, en Ouzbékistan, au Kirghizistan et en Turquie.

Le djadidisme ouïghour, est un mouvement de renaissance qui s’est déployé au sein des peuples turcs entre 1890 et 1945, mené notamment par des intellectuels et hommes d’affaires désireux de réformer l’islam et la société musulmane et de moderniser cette région sur le modèle occidental.
Le djadidisme a participé à l’éveil de la société ouïghoure et au début de sa lutte contre le colonialisme chinois.

Une première rébellion a eu lieu dans le sud de la région, qui a donné la naissance à la première République turque islamique du Turkestan oriental (1933-1934), puis un seconde rébellion à la seconde République du Turkestan oriental (1944-1949) dans le nord, dont Ghulja était la capitale.

Les djadidistes ont été massivement chassés, emprisonnés et massacrés par les pouvoirs coloniaux chinois. Des intellectuels tels que Lutpulla Mutellip, Abduhaliq Uyghur, Telet Nasiri et Memtéli Tewpiq (l’auteur de l’hymne national du Turkestan oriental) ont été brûlés vifs. Les années 1930-1940 ont notamment été marquées par une terreur de l’État colonial surnommée « terreur blanche ».


**QUID DE LA REGION DU XINJIANG Où VIVENT DES OUIGHOURS ? **

Située au carrefour de la Russie, de l'Asie centrale et de l'Asie du Sud, la région autonome du Xinjiang est majoritairement peuplée des Ouighours, turcophones musulmans ( 58 % de sa population) .
les 11,5 millions de Ouïgours y vivent depuis des siècles, alors que le magistère de Pékin date seulement du XIXe siècle

Les Hans, ethnie majoritaire en Chine mais qui représentait 6 % seulement de la population du Xinjiang en 1949, sont arrivés par millions, si bien qu'aujourd'hui, ils sont presque aussi nombreux que les Ouïghours (plus de 10 millions).



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