L'AFFAIRE D'ENTREMONT - Extraits du chapitre XIII du livre d'Yves Mathieu "Policiers Perdus"


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L'AFFAIRE D'ENTREMONT - Extraits du chapitre XIII du livre d'Yves Mathieu "Policiers Perdus"

Fin janvier, Sous la pression des autorités allemandes et devant l’insuffisance des résultats des forces jusque là mis en œuvre pour combattre les maquisards du plateau de Glières, Darnand organise la montée en puissance des moyens du maintien de l'ordre et charge l'Intendant Lelong de faire imprimer le message ci-dessus pour les habitants de Haute Savoie.

Une note confidentielle de Didier Chambonnet, du 20 avril 1944 sur les opérations des forces de l'ordre contre les maquis de la Haute-Savoie, indique qu'il y avait sur ce département : 1500 G.M.R., 1100 miliciens, 950 gardes, 700 gendarmes, soit 4850 hommes (Archives départementales de la Haute-Garonne dossier 2546W27).
Quoiqu'il en soit, il est clair qu'à la mi-février, les forces de l'ordre vichyssoises sont très fortement implantées au pied du plateau de Glières et qu'elles l'encerclent ostensiblement.

L'ensemble est placé sous les ordres de l'intendant de police, Georges Lelong.
A côté de ces unités, la Milice française est très présente, avec 1200 hommes dirigés par Jean de Vaugelas.

Le G.M.R. Aquitaine quitte sa résidence toulousaine pour la Haute Savoie le 12 février 1944. Le trajet s'effectue par train jusqu'à Annecy, par route jusqu'à La Clusaz.

Les hommes du GMR s'installent en hôtels, partie à La Clusaz, où est fixé l'état-major, partie à Saint-Jean-de-Sixt.
L'unité est placée sous le commandement provisoire du lieutenant Robert Couret : en effet, Grégoire Lefèbvre, commandant titulaire, a dû différer son départ pour rester au chevet de son fils adoptif gravement malade ; âgé de 16 ans, il décèdera le 16 février 1944.

Le commandant Lefèbvre reprendra le commandement effectif de ses troupes à une date qui n'a pu être située avec certitude, mais que le sous-brigadier Maurice Marlin, à l'époque secrétaire à l'état‑ major du commandant, affirme être le 7 mars 1944, soit, l'avant-veille du drame.


Commandant par intérim, le lieutenant Couret est rapidement amené à prendre des dispositions importantes vis-à-vis des maquis.
Reprenons sur ce point précis les termes du rapport qu'il destinait après la Libération au commissaire du Gouvernement de la Cour de justice de Toulouse :
« Dès mon arrivée, j'installai mon P.C. à La Clusaz, et la Résistance qui était admirablement bien renseignée sur l'état d'esprit des officiers appartenant aux forces du maintien de l'ordre, avait déjà eu connaissance de mon activité en faveur de l'organisation clandestine de la région de Toulouse, et dès les premiers jours de mon implantation à la Clusaz, je reçus la visite de deux officiers du plateau de Glières qui désiraient me contacter afin d'avoir des renseignements sur notre dispositif de sécurité. En commun, nous arrêtâmes différentes dispositions afin que le maquis de Glières puisse opérer son ravitaillement sans donner l'éveil aux forces stationnées dans la région, et il fut entendu que je faciliterais dans toute la mesure de mes moyens le passage des jeunes gens désireux d'aller grossir les rangs de la Résistance (Archives d’Yves Mathieu). »

Plus loin, le lieutenant Couret ajoute :
« Sachant que le commandant Lefèbvre avait toujours manifesté des sentiments hostiles envers les Allemands, je le mis, dès son arrivée, au courant des conventions passées avec la Résistance, ....il confirma purement et simplement les dites conventions. »

Appuyant ces données, le sous-brigadier Maurice Marlin précise :
« Le lieutenant Couret établissait des consignes prévoyant entre autres que les postes de contrôle seraient levés chaque nuit, de 21 heures à 5 heures. Il avait pris des contacts avec les chefs des maquis, par l'intermédiaire du curé du Petit-Bornand, à 3 Km d'Entremont, point de passage obligé pour monter au plateau. Je tenais cette confidence du commandant de compagnie par intérim, mais je n'en parlais à personne....Le 7 mars, le commandant Lefèbvre arrivait à Toulouse…. Il approuvait les consignes du lieutenant Couret. (Entretiens avec l’auteur)»

Au regard de ces éléments, la réalité des accords entre responsables des policiers de l'ordre et des maquis ne saurait être mise en doute. On s'autorisera par ailleurs à soutenir qu'ils laissent entrevoir que les policiers du G.M.R. Aquitaine, par la voix de leur commandant et de son adjoint n'étaient pas mal intentionnés envers les maquisards du plateau de Glières ; Cette illustration confirme qu'en Haute-Savoie comme ailleurs - ce que nous avons eu l'occassion de souligner à plusieurs reprises , de part et d'autre, au sein des forces de l'ordre, comme parmi les maquis, on ne souhaitait pas d'accrochage franco-français : « ... C'était un modus vivendi qu'on ne se fasse pas de mal entre Français (Propos rapportés par Alain Dalotel, Le Maquis des Glières).

Les arrangements ainsi conclus ne pouvaient que tendre à rasséréner les maquisards, en butte à une situation de plus en plus préoccupante sous la pression des forces de gendarmerie, de la police et de la Milice : en effet, l'intendant Lelong venait d'organiser l'encerclement progressif du plateau par les unités du maintien de l'ordre. Pour sa part, le G.M.R. Aquitaine avait reçu la charge des secteurs de La Clusaz, du Grand-Bornand et de St-Jean-de-Sixt.


Malheureusement, la bonne volonté réciproque d'éviter tout affrontement, conclue au plus haut niveau des chaînes hiérarchiques respectives, n'allait pas résister à l'épreuve du terrain.
Des initiatives policières intempestives
Le lieutenant ..T.., âgé de 25 ans, avait été désigné par le lieutenant Couret pour prendre la responsabilité du détachement de St-Jean-de-Sixt. Jouissant d'une grande autonomie d'action cet officier ne tardait pas à faire montre d'un zèle intempestif.
Le ler mars 1944, des policiers de la 2ème section qu'il commande arrêtent le médecin auxiliaire Michel Fournier, alors qu'il prenait livraison de produits pharmaceutiques destinés à l'infirmerie du plateau. Son contact, qui n'était autre que sa future épouse, est également interpellée. Le lieutenant ..T.. conduit le prisonnier au siège de la Milice française à Annecy, après en avoir reçu l'ordre, affirme-t-il, de son collègue Couret, toujours en charge à cette date de l'intérim du commandant Lefèbvre.

En réaction, « Tom » décida dès le lendemain d'une expédition punitive sur le cantonnement de St-Jean-de-Sixt, avec l'idée de négocier la libération du médecin. La mission fut confiée au lieutenant Henri Onimus, alias « Humbert ». Le 3 mars, à 3 heures, le village est encerclé par soixante-dix maquisards environ. A partir de cet instant, les versions divergent : Pierre Vial, dans « Le sang des Glières », écrit : « Saint-Jean-de-Sixt est encerclé, les barrages dressés par les G.M.R. aux différents points d'accès sont tous sous le feu des maquisards. Alors Humbert se lance, revolver au poing. La sentinelle G.M.R. totalement éberluée, n'a pas le temps d'esquisser le moindre geste et se retrouve désarmée, bras levés, avant de comprendre ce qui lui arrive. Les uns après les autres, les postes des G.M.R. sont investis. Pas un coup de feu n'a été tiré (Pierre Vial le sang des glières)» Récit quelque peu épique qui s'accommode mal de la version du général Yves Barde. Après avoir décrit l'approche du village par les troupes d'Humbert que les postes de garde G.M.R. ont repérées, l'auteur indique : « Le cheminement dans la neige profonde est exténuant, et de nouveau un projecteur oblige le groupe à se jeter à plat-ventre dans la neige. Humbert prend le parti de revenir sur la route où il place ses hommes en deux colonnes qui progressent accroupis le long des murs de neige. Parvenu à une cinquantaine de mètres des premières maisons, Humbert fait mettre un FM en batterie et s'avance, accompagné de René Dechamboux, vers les premières maisons. Un projecteur s'allume et, bien qu'aveuglé, il distingue un barrage, consitué d'une charrette placée en travers de la route. Une discussion s'engage avec les G.M.R et Humbert est conduit à l'hôtel Beauséjour afin d'y rencontrer leur chef un aspirant. (Yves Barde, Glières 1944, histoire des combats de février et mars 1944) »

Au-delà des discordances relevées, on retiendra qu'à ce stade de l'opération - conçue sur le modèle d'une opération militaire -, le contact fut établi entre les résistants et l'officier du détachement des G.M.R. sans qu'il y ait eu le moindre échange de tirs.

Immédiatement informé de la situation par radio, le lieutenant Couret, qui commandait toujours par intérim le G.M.R. Aquitaine et qui logeait à l'hôtel de France à Entremont, accourut en hâte. Il entama des pourparlers avec Humbert. Celui-ci exigea de traiter au niveau des responsables politiques, c'est-à-dire avec l'intendant Lelong. Les deux hommes furent mis en rapport téléphonique et Lelong accepta de relâcher Michel Fournier... qui, de fait avait été libéré quelques heures plus tôt, sous condition de se représenter le lendemain au siège annecien de la Milice. L'affaire aurait pu en rester là, mais le lendemain le docteur Fournier, respectueux de sa parole fut placé en état d'arrestation et emprisonné sur les instances de Lelong.

Premier accroc qui laisse pressentir que le ressentiment s'exprimera inévitablement à un moment ou à un autre : la rancœur s'est désormais installée chez les hommes du plateau de Glières, altérant et minant le fragile climat de confiance qui avait été établi entre leurs chefs et le commandement des policiers du G.M.R. Aquitaine.

Effectivement, quelques jours plus tard, le 7 mars 1944, deuxième accroc : alors qu'il se rend en side-car à Entremont, le même lieutenant ..T.. croise cinq jeunes gens. Il prend personnellement l'initiative de les contrôler. Tous sont en situation régulière et ne sont porteurs ni d'armes, ni de documents compromettants. Il les fait néanmoins conduire jusqu'au cantonnement afin de les soumettre à un examen plus approfondi. Là, convaincu que ces jeunes sont en route pour les maquis, il décide de les remettre entre les mains de la Milice d'Annecy.

Ce deuxième incident grave survenu quelques jours seulement après le premier exacerba les esprits sur le plateau. Le lieutenant Morel y vit l'illustration de ce qu'il a pris pour de la mauvaise foi de la part des officiers du G.M.R. Il dépêcha un de ses lieutenants - Barrat ­auprès du commandant Lefèbvre. Or, celui-ci refusa de recevoir le messager. Voici ce qu'en a écrit le lieutenant Couret, dans le rapport déjà cité :
« Dès que ces arrestations furent connues, le lieutenant Barrat descendit à Entremont, et se mit en rapport avec moi, afin d'obtenir par mon entremise, une entrevue avec le commandant Lefebvre. Ce dernier, qui se trouvait très déprimé par son deuil récent, et qui d'autre part, ne voulait pas que ses contacts avec la Résistance soient connus par son entourage, refusa de recevoir le lieutenant Barrat. Mais, il me demanda de confirmer à ce dernier qu'il n'était pour rien dans ces arrestations, et que les conventions n'étaient nullement dénoncées par lui. »

La suite du récit de cette nuit dramatique du 9-10 Mars 1944 : http://www.kweeper.com/charles/image/6529425 



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