Disco Demolition: la nuit où Steve Dahl et ses fans ont essayé d'écraser la musique noire


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Disco Demolition: la nuit où Steve Dahl et ses fans ont essayé d'écraser la musique noire

Juillet 1979, Chicago. "I Will Survive" (Gloria Gaynor), "We are family" (Sister Sledge), "Hot Stuff" (Donna Summer) et "Boogie Wonderland" (Earth, Wind & Fire) sont les tubes de l'année.

Les Etats-Unis et l'Europe ne jurent que par le disco, ce genre musical et cette danse qui se sont imposés depuis le début des années 1970. Même Kiss et Rod Steward s'y essaient.
Dans l'ombre de cette discomania, le rock, le r'n'b, la soul et le motown peinent à tirer leur épingle du jeu, et le disco, qui devient de plus en plus populaire, sature le marché de ses titres plus ou moins bons.

Dans la chaleur de cet été 1979, certains ne supportent plus cette hégémonie et déclarent la guerre au disco. C'est le cas de Steve Dahl, un ancien animateur d'une radio locale, viré parce que ses goûts musicaux n'étaient pas assez disco. C'en est assez pour ce rockeur au petit coeur : il veut rassembler tout un public qui ne supporte plus d'être réduit au silence et il décide d'organiser la Disco Demolition Night, le 12 juillet 1979 à Chicago, au cours d'un match de la ligue de base-ball où les Chicago White Sox et les Detroit Tigers s'affrontent au Comiskey Park.

Le principe est simple : entrée quasi-gratuite pour toute personne munie d'un vinyle disco à détruire, bannières DISCO SUCKS déployées aux quatre coins du stade, et Steve Dahl, arborant fièrement veste militaire et casque de l'armée, en chef de cérémonie.

Avec ce coup de pub impromptu, les organisateurs espéraient attirer une audience de 20 000 personnes, soit 5000 de plus que celle d'un match régulier. Ce sont finalement plus de 50 000 spectateurs qui affluent à l'entrée du Comiskey Park, dont une bonne partie des ados blancs prolétaires en stetson, santiags et coupes au bol qui constituent la majeure partie des fans de Steve Dahl.

Ce qui aurait pu être un contre-mouvement culturel se pave rapidement de mauvaises intentions. Car l'esthétique disco, c'est aussi un jeu sur le déguisement, l'androgynie, l'excentricité, la sexualité

Rapidement, les opposants cristallisent leur haine du disco en condamnant cette musique à grands coups de stéréotypes racistes et homophobes.

Si l'Amérique blanche s'est depuis longtemps approprié le rock, la disco reste indissociablement associée à la communauté noire.
C'est aussi la musique de la danse, des clubs, des premiers balbutiements de l'affirmation de la communauté homosexuelle, Toutes choses qui au-delà de leur aspect artistique ne plaisent pas du tout au versant blanc, pratiquant et conservateur de la nation.

Comme c'était prévisible le petit "auto-dafé" bon enfant imaginé par Steve Dahl vire à l'émeute quand le public chauffé à blanc envahit le terrain juste après que le DJ ait mis le feu à la benne à ordures remplie de vinyle.

La grosse catastrophe est évitée de justesse mais les conséquences sur la ville se font très vite sentir : le disco retourne progressivement dans l'underground, beaucoup de clubs ferment ou se reconvertissent sur des secteurs plus porteurs et moins politiquement dangereux type rock sudiste et country western, le fossé déjà béant entre les communautés noires et blanches de la ville se creuse un peu plus.

Après ce coup d'éclat Dahl a poursuivi sa trajectoire sans accrocs. Fort de sa nouvelle notoriété il a tourné dans les années qui suivirent avec John et Joan Cusack, est devenu éditorialiste pour le Chicago Tribune et il anime et produit aujourd'hui son podcast, diffusé en simultané sur le Steve Dahl Network et WLS-AM sur lequel il peut continuer sa petite croisade culturelle (https://www.dahl.com/podcast/steve-dahl/    )

Plus de 40 ans après la Disco Demolition Party, on ne peut que constater qu'au-delà d'avoir permis à une meute de fans de de satisfaire leurs instincts grégaires, elle a servi de cache-sexe à une forme insidieuse de #racisme encore à l'oeuvre dans la société américaine.

Mais cette nuit de juillet a eu un autre impact sur la culture populaire afro-américaine de la fin des années 70 puis sur la pop culture globale des années 80 et 90.
En forçant la scène disco de Chicago à se replier sur elle-même et à se retrancher dans ses bastions ségrégués, Steve Dahl a favorisé l'émergence d'un courant bien plus radical, libre et hédoniste que la disco : la house music.

Red Bull Music Academy a consacré un documentaire éclairant à la Disco Demolition Night, retraçant l'évènement avec des témoins de l'époque.
http://kpr.me/10cDdN 



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