"Blanchité" et race : pourquoi ce déni tenace ?


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"Blanchité" et race : pourquoi ce déni tenace ?

Comme le mot "race", les "Blancs" sont entrés par la petite porte dans le monde académique. Déni, tabou ou désaccord plus frontal : longtemps on n'a pas pensé les Blancs en France, où être "une personne de couleur" c'est surtout être Noir ou Arabe. Ça change, notamment grâce au concept de blanchité.

Définie comme une construction institutionnelle et médiatique d’une identité blanche majoritaire, la blanchité est un terme utilisé depuis longtemps dans les sciences sociales aux États-Unis alors qu’il est complètement ignoré en France.

Minorités visibles contre majorité invisible : s’interroger sur la blanchité permet de dénaturaliser une norme qui paraît encore neutre pour beaucoup. Pourquoi, en France, la majorité ne s’identifie-t-elle pas comme blanche, alors que l’expression « racisme anti-blanc » est de plus en plus employée ? Comment la blanchité opère-t-elle au quotidien ?

Le mot “#blanchite” a mis du temps à s’installer dans les sciences sociales en France.
Notamment du fait de fortes résistances, mais aussi d’une culture académique française plus générale.
Les rares chercheurs qui l’ont fait leur ont souvent d’abord utilisé le terme anglais, “whiteness”, très dynamique outre-Atlantique où, depuis 25 ans, il est utilisé aussi bien en histoire, en droit, en sociologie de l’éducation, en littérature.
Bizarrement, à la genèse de ce concept de “#whiteness”, on retrouve Toni Morisson (décédée le 5 août 2019), une écrivaine pourtant encensée en France. Bien plus reconnue, finalement, que le concept qu’elle avait largement contribué à populariser avec, par exemple, Playing In The Dark : Whiteness and the Literary Imagination, en 1992 avant que la civilisationniste Judith Ezekiel (spécialiste de l’histoire américaine), ne traduise “whiteness” en “blanchité” dans les années 90 lors de conférences, puis en 2002 dans une première publication.

Anglicisme, le concept s’est souvent vu reprocher une forme d’extraterritorialité, comme s’il s’agissait en somme d’un import mal digéré, un terme peut-être utile pour qualifier un monde social américain pétri par l’esclavage et malaxé par un capitalisme racialiste… mais un peu vénéneux et carrément suspect quand il s’agirait de décortiquer les mécanismes de domination qui courent toujours dans la vieille France républicaine.

En ne nommant pas le groupe majoritaire et en refusant de regarder les privilèges qui lui incombent, on prendrait en fait plus facilement la partie pour le tout. Quitte à stigmatiser ceux qui ne correspondent pas au modèle dominant. C’est en cela que la blanchité est devenue un outil utile aux travaux sur les discriminations. “Privilèges”, carrément ? Le terme est familier aux chercheurs des discriminations raciales, qui ont fait leur les termes de “race” voire d’”intersectionnalité” quand il s’agit d’articuler les catégories de race, de genre et de classe pour observer la manière dont ils se combinent et s’actualisent, ensemble.



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