Michel Lussault - Au sujet de la tentative insurrectionnelle du Capitole à Washington


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Michel Lussault - Au sujet de la tentative insurrectionnelle du Capitole à Washington

Mais s'arrêter à se divertir d'un tel spectacle ou relativiser l'importance de ce qui s'est produit en voulant se montrer une fois de plus trop raisonneur me semblerait une erreur. Nous avons pu constater l'aboutissement d'une stratégie séditieuse qui est depuis le départ, sciemment, celle de Donald Trump.

Fort de ses soutiens indéfectibles (les milieux les plus conservateurs obsédés par le maintien du pouvoir du masculinisme WASP, les évangélistes, l'ultra-droite, les milieux populaires attachés à prendre une revanche sur des "élites stigmatisées" tout en admirant un milliardaire faussaire, les anti-Black Lives Matter), avec la complaisance coupable des Républicains, d'une partie de médias (mais d'autres ont très tot alerté sur ce qui était en train de se passer), Trump a placé le pays sous la coupe de son déni permanent des institutions, de ses caprices, de sa paresse, de son incapacité à travailler les dossiers.
Il a enrôlé le système à son profit et il a volontairement subverti une vie démocratique qu'il exècre. Comme beaucoup de ses soutiens, il dévoie les principes constitutionnels des Etats-Unis, ne retenant que la vague idée d'une liberté de jouir de tout à son bon vouloir.

En un sens, le trumpisme est un "coup d'Etat permanent" et cela doit nous faire réfléchir, car nous ne sommes pas à l'abri d'une telle évolution.
Ce qui s'est passé en Grande Bretagne lors du Brexit n'est pas sans rapport avec une partie de l'évolution américaine.

Et en France, nous aurions tort de ne pas prendre au sérieux cette évolution. Sommes-nous encore collectivement attachés à la démocratie parlementaire et pluraliste, et saurions-nous/voudrions nous la défendre?
Et ce alors que nous devons affronter des défis considérables en matière sociale, culturelle et écologique, qui imposeront de réorienter nos manières de co-habiter et de recomposer nos sociétés politiques.

COMPLEMENT

Ne nous y trompons pas, Trump a été choisi par un grand nombre de ses électeurs par adhésion à ce qu'il était et disait. Il n'a pas été un candidat élu par défaut, et il reste soutenu par une majorité des électeurs républicains, ce matin encore, même après les évènements de Washington. Il est temps de sortir du mirage qui consiste à dire que les populistes s'imposent faute de mieux. Non ils sont choisis pour ce qu'ils proposent et représentent, ils sont choisis parce qu'ils pensent la politique selon le principe ami/ennemi, théorisé en son temps par Carl Schmitt. Il s'agit d'une politique de la détestation de l'autre, de la mise en question violente de la différence. Les populistes à la Trump sont aussi, presque toujours, des chantres de la puissance, de la virilité, des défenseurs de l'ordre et des traditions, de l'appel à la grandeur historique de la Nation, des adeptes de la falsification systématique des réalités sociales, historiques, scientifiques. Tout cela, nous pouvons l'entendre chaque jour en France sur CNEWS, bien sûr, mais aussi dans bien d'autres médias (sans parler de Twitter, Facebook, You Tube). C'est cette imagination populiste instituante qu'il faut déconstruire et réfuter pied à pied, chacun avec son point d'entrée et ses capacités spécifiques.
Le travail politique consiste donc d'abord à comprendre cela et à commencer à offrir d'autres scénarios possibles — pas recycler les idéologies d'hier. De mon point de vue, ces scénarios ne peuvent se construire qu'autour de la critique de l'Etat-Nation, du féminisme (sans doute la pensée politique la plus subversive qui soit), de la justice et de l'éthique, de la réflexion sur l'anthropocène.



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