« Mangeons les riches », la haine des privilèges, si vivace en France


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« Mangeons les riches », la haine des privilèges, si vivace en France

Les ministres ont-ils réellement participé à des dîners clandestins avec champagne et sans masque ? Pierre-Jean Chalençon, qui est à l’origine de cette « fuite » dans un reportage sur M6, est un personnage insolite. Il collectionne les objets napoléoniens et les photos avec des people (Jean-Marie Le Pen, Dieudonné, Brigitte Macron…). Ces derniers mois, il conviait son carnet d’adresses à des soirées sans masque dans son club, le palais Vivienne à Paris. Un de ces restaurants clandestins, en totale effraction avec les règles de restriction liées à la pandémie. Et où, d’après lui (il témoignait la voix tronquée mais il a été démasqué…), on rencontre aussi des ministres.


Alors que les réseaux sociaux s’emparaient furieusement de l’affaire, Pierre-Jean Chalençon a rapidement rétropédalé. Ses propos étaient non fondés, il n’y avait pas de ministres, il « faisait de l’humour » et « maniait le sens de l’absurde ». Mais au fond, peu importe : le mal était fait. Que l’information soit vraie ou fausse, elle semble vraie à ceux qui veulent y croire et c’est tout ce qui compte dans notre nouvel ordre médiatique aux vérités alternatives. Ce qui est exact ne compte pas autant que ce qui vient confirmer (on appelle cela « biais de confirmation ») les a priori : les puissants/riches/privilégiés/ministres s’en donnent à cœur joie, au mépris des règles qu’ils imposent au peuple et dont ils s’exonèrent pour eux-mêmes. Que Pierre-Jean Chalençon retire ses allégations n’y change rien. C’est même pire. La preuve que les puissants sont capables d’intimer le silence à qui peut leur nuire. « Comme par hasard », la parole qui gêne est supprimée…

Il suffisait de lire ces deux derniers jours le déferlement sur Twitter (#onveutlesnoms #mangeonslesriches) pour se donner une idée de l’état d’exaspération et même de haine d’une partie de nos concitoyens. Ce qui se rejoue est la scène archaïque omniprésente dans l’imaginaire français, celle du Tiers-État contre les privilèges aristocratiques de l’ancien régime. Dans les tweets, on oppose les étudiants qui font la queue pour l’aide alimentaire aux « riches qui se gobergent », les pauvres bougres buvant une bière qui se prennent des amendes de 135 euros (un dixième du SMIC) alors que les ministres sont dans l’impunité… Et le Rassemblement national par la voix de Gilbert Collard surfe avec délice sur l’information : il y aurait des « manants » et des « pavanants », « 2 mondes comme sous l’ancien régime ! »

Il règne un dangereux climat d’exaspération dans notre pays. On a le sentiment que ce qui nous sépare devient irréconciliable et que ce qui nous rassemble est introuvable. Il faut dire que le tableau général n’a pas de quoi nous réconcilier avec l’optimisme. Entre la mauvaise gestion de la pandémie (les tests, les masques, les vaccins…), les (demi-)mensonges, les approximations, le sentiment de déclassement, l’incompréhension sur « l’argent magique », l’ultra-bureaucratie qui paralyse le pays, on a de bonnes raisons d’être à cran.

Les politiques publiques d’aide et d’assistance aux particuliers et aux entreprises durant la pandémie (une singularité française) devraient apporter un correctif à ce ressenti ultra négatif. Il n’en est rien. Ou presque. On attend tout de l’État en le critiquant sans cesse. Ce qu’il donne est bien la moindre des choses. Ce qu’il ne donne pas est inacceptable. La passion égalitariste est l’autre nom de la haine contre les privilèges.

Ajoutons à cela le sentiment diffus de ne plus partager les mêmes valeurs et le même monde. Qu’avons-nous en commun avec les élites écologistes municipales qui se transforment en caste sectaire cumulant ignorance, déni, bêtise et intolérance ? À une élue qui regrettait que la municipalité coupe les subventions aux aéroclubs de Poitiers, ayant notamment accueilli l’opération Rêves de gosse (elle permet à des enfants atteints d’un handicap de faire un tour en avion), la maire écolo Léonore Moncond’huy a répondu : « C’est triste, mais l’aérien ne doit plus faire partie des rêves d’enfant aujourd’hui. »



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