Sarkozy financé par Kadhafi? «C’est vrai», affirme Bachir Saleh pour la première fois


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Sarkozy financé par Kadhafi? «C’est vrai», affirme Bachir Saleh pour la première fois

Dans un Cash Investigation sur l’affaire libyenne, diffusé mardi 22 mai, l’ancien directeur de cabinet de Kadhafi devient un témoin à charge contre Nicolas Sarkozy. Il confirme les versements opérés par l’ex-chef du renseignement Abdallah Senoussi et évalue à 350 millions d’euros la caisse noire des financements politiques libyens, tous pays confondus. Extraits.
C’est une pièce centrale de la défense de Nicolas Sarkozy qui vient de basculer dans son dossier d’accusation. L’ancien directeur de cabinet de Mouammar Kadhafi, Bachir Saleh, l’homme qui a démenti avec constance les financements libyens depuis 2012, les a confirmés à un journaliste de Cash Investigation (France 2), diffusé mardi 22 mai à 20 h 55.

L’émission présentée par Élise Lucet présente plusieurs extraits d’une interview de l’ancien dignitaire, suivie d’une conversation avec lui, filmée en caméra cachée, le 16 septembre 2017, à Johannesburg. Un document accablant pour l’ancien président mis en examen, le 21 mars, pour « corruption passive », « financement illégal de campagne électorale » et « recel de fonds publics libyens ».

Face caméra, Bachir Saleh, embarrassé, déclare dans un premier temps n’avoir « aucune information », et concède du bout des lèvres des financements africains. Puis l’échange se poursuit avec le journaliste Nicolas Vescovacci, auteur de l'enquête produite par l'agence Premières Lignes [voir l’extrait ci-dessous]. Et Saleh confirme les versements opérés par l’ancien directeur du renseignement militaire Abdallah Senoussi (voir ici et là), et évoque le « canal » du ministère des finances libyen. « Abdallah Senoussi a dit qu’il donne de l’argent à Sarkozy », souffle le dignitaire. « Vous venez de me dire que ça a eu lieu ? », demande le journaliste. « Oui, c’est vrai ! », approuve l'ancien bras droit de Kadhafi, tout en faisant remarquer que l’opération « n’est pas passée par [son] canal ».

Quelques instants plus tard, assis dans sa voiture, Bachir Saleh révèle que « Kadhafi avait un budget spécial pour les personnes qu’il voulait soutenir », et il peut chiffrer les fonds mis à disposition par cette caisse noire : « 350 millions d’euros. » Mais il s’agissait d’argent liquide, précise-t-il : « Personne n’accepte les transferts… Sarkozy va accepter un transfert ? » Le journaliste relance le Libyen : « Ça ne peut être que du cash ? » « Que du cash, c’est ça », approuve encore Bachir Saleh.

L’ancien dignitaire, grièvement blessé lors d’un attentat le 23 février dernier, à Johannesburg, est l’un des personnages clés de l’affaire, et ce dès l’origine. Patron du Libya Africa investment Porfolio (LAP), présent lors de la plupart des rencontres bilatérales avec les Français, il s’est rapproché de l’intermédiaire Alexandre Djouhri, dès 2006. Alors que certains de ses séjours à l’hôtel Ritz de Paris sont pris en charge par l’intermédiaire, il fait opérer le rachat par la Libye d’une villa appartenant à Djouhri sur la Côte d’Azur. L’argent libyen versé à cette occasion vient compenser l’achat de l’appartement de l'ancien ministre de l'intérieur Claude Guéant [voir l’extrait ci-dessous], et permet également de rétribuer l'ex-premier ministre Dominique de Villepin.

À la fin de l’opération militaire occidentale en Libye, les services spéciaux français placent Saleh et sa famille sous leur protection, puis les exfiltrent de Tripoli. Alexandre Djouhri se charge, encore, de l’accueil en France, puis de l’exfiltration du Libyen au Niger, en mai 2012, au lendemain de révélations de Mediapart.

Au nom de Bachir Saleh, un avocat d’affaires parisien rédige alors un communiqué qui émet des « réserves » sur l’authenticité d'une note libyenne mentionnant un financement de Sarkozy et certifie que « ces allégations, à visée politicienne, sont dénuées de tout fondement ». En 2013, Hervé Gattegno, journaliste à Vanity Fair et proche de Djouhri, obtient la première interview du dignitaire installé à Johannesburg. « Depuis la mort de Kadhafi, beaucoup de personnes racontent des histoires qui n’ont pas existé », déplore Bachir Saleh, décrit par Vanity Fair comme un homme « miné » par « l’incompréhension ».

« Je n’ai jamais refusé de répondre à la justice, déclare-t-il. On ne m’a rien demandé. Si un juge vient ici pour me poser des questions, je le recevrai. Je lui dirai que toute cette histoire a été inventée, et ce sera à lui de déterminer pourquoi. » Dès sa parution, Me Thierry Herzog, l’avocat de Nicolas Sarkozy, transmet cette interview à la justice française.

Selon l’enquête, Alexandre Djouhri prépare aussi, en liaison avec le directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, une lettre par laquelle Bachir Saleh doit « dénoncer » les accusations de financement de la campagne de Nicolas Sarkozy. Un juriste de ses amis y travaille.

En 2017, les magistrats chargés de l’affaire, Serge Tournaire, Aude Buresi et Clément Herbo, transmettent une liste de 101 questions à l’ancien dignitaire. Mais ce dernier refuse de les recevoir, et il fait valoir son droit au silence devant les autorités judiciaires sud-africaines.

Contacté par d’autres médias, Bachir Saleh commence à livrer une autre histoire. Le 29 septembre, il répond en substance au Monde qu’il ne sait rien, mais que le financement est plausible. « Quand les juges sont venus me voir, ils ont voulu me poser des questions d’ordre personnel et ça, je n’y réponds pas, explique-t-il. Ils croient que je suis l’homme qui peut leur dire que j’ai donné de l’argent à Sarkozy, que je l’ai financé… Mais le souci, c’est que je ne sais rien de cette affaire franco-française. Je sais juste que Sarkozy ne se souciait pas de mon peuple et ne pensait qu’à sa réélection et à vendre des Rafale. »

Loin des démentis précédents, Bachir Saleh conclut alors : « Kadhafi a dit qu’il avait financé Sarkozy. Sarkozy a dit qu’il n’avait pas été financé. Je crois plus Kadhafi que Sarkozy. »

Le 20 mars dernier, lors de sa garde à vue, pressé de commenter ces phrases, Nicolas Sarkozy a semblé dire qu’il ne croyait pas à un revirement du témoin : « Je préfère les déclarations de M. Bachir Saleh à Jeune Afrique ou à Vanity Fair plutôt que les propos manipulés par le journal Le Monde dont on sait tout le soutien qu’ils ont toujours tenu à m’apporter. »

Dans Cash Investigation, on voit l'ancien président fuir le micro et les appels téléphoniques d'Élise Lucet, et l'on comprend désormais un peu mieux pourquoi.



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