Crépuscule de J. Branco: un "pamphlet fascisant"? Réponse à Geoffroy de Lagasnerie


juan branco, geoffroy de lagasnerie
Crépuscule de J. Branco: un "pamphlet fascisant"? Réponse à Geoffroy de Lagasnerie

Réponse au post facebook et billet de blog de G. de Lagasnerie : https://blogs.mediapart.fr/geoffroy-de-lagasnerie/blog/140419/crepuscule-pamphlet-fascisant 
Lectrice de Z. Sternhell, dont j'ai étudié la version augmentée de ce livre indispensable, Ni droite ni gauche, crayon en main, en août et septembre, si j' avais pensé, même une demi-seconde, que Crépuscule était un livre fascisant, je n'aurais pas suggéré à Marion Mazauric de le publier. Parce qu'en effet je ne suis pas pour rien dans la parution de ce livre, et je l'ai publiquement défendu, avec des nuances, sur mon blog Mediapart. Je me sens donc personnellement interpellée.
Je ne connaissais pas le tweet de J. Branco sur Louis/Attal, que cite G. de Lagasnerie, en effet manifestement homophobe. Mais disons-le ça ne m'étonne pas. Il y a chez J. Branco un tropisme viriliste associé à un narcissisme "sans limite" - qui l'apparente plutôt, en ce qui le concerne... à Emmanuel Macron. Je l'ai déjà suggéré dans au moins deux articles.
Je n'ai pas lu les livres de Geoffroy de Lagasnerie - je n'ai lu que ses interventions dans les médias. Et de même que j'ai défendu dans L'Humanité le dernier livre indispensable d'Edouard Louis, j'ai tendance à me sentir intellectuellement plus proche de lui que de Juan Branco.
Et pour en finir avec l'eau que j'apporte au moulin de Lagasnerie, je dirai ailleurs en détails ce que je pense de l'alliance J. Branco - Maxime Nicolle - ce dernier ayant tenu devant moi et adressé à moi, des propos politiques qui relevaient absolument d'une influence droitière et extrême-droitière - sans que Juan Branco, présent, y trouve le moins du monde à redire. Une certaine H., également présente, auto-préposée au vehiculage dans Paris d'une certaine P. Ludosky, a également défendu l'inénarrable Maxime Nicolle-Fly Rider alias "retenez-moi ou je déclenche une guerre mondiale", comme l'a surnommé quelqu'un.
Je me suis vue avec frayeur, ce jour-là, soutenant, sous couvert de gilet jaune, un putsch fasciste. Seule ma fidélité au processus de démocratie directe, insufflé par les gj de Commercy et Saint-Nazaire m'a convaincue de poursuivre mon engagement. J'ai jugé ensuite risible les rodomontades matadors que j'avais entendues. Disons enfin que je suis en train de découvrir comme nous tous (attendons la conclusion de l'affaire) ce qu'est exactement Priscilla Ludosky [1] - après avoir jugé depuis un moment qu'une Jacline Mouraud était téléguidée par la droite.
Depuis plusieurs semaines, je pense que le soutien sans nuance de Juan Branco et d'autres à des leaders autoproclamés du mouvement des gilets jaunes, plus que douteux au minimum, posait problème. L'ignorance politique crasse n'excuse pas tout. On est responsable personnellement des positions politiques qu'on défend publiquement - quelles que soient les influences subies.
En ce qui concerne J. Branco, j'ai dit combien le côté républicano-mitterrandien (bonapartiste et élitiste) de son Contre-Macron m'indisposait.
Mais Geoffroy de Lagasnerie force le trait, et cela détruit son propos. Et quand on est un intellectuel sérieux, on se doit d'introduire quelques nuances, et s'il s'agit de citer Sternhell, alors allons-y, mais faisons-le sérieusement (à quoi bon le seul name-dropping?)
Je suis d'accord avec Lagasnerie sur un point essentiel : l'atmosphère pré-fasciste que nous sommes contraints de respirer, et qui est odieuse.
Elle semble gangrener en effet, autant le "libéralisme autoritaire" d'un E. Macron se réclamant de la tradition Esprit-Ricoeur "ni droite ni gauche", ou, ce qui revient au même, "extrême-centriste" (ce terme qualifie les idéologues de la Restauration à l'origine) contre-révolutionnaires et antirépublicain, qu'une certaine gauche à tendance organiciste, nationaliste, viriliste et idolâtre du chef.
Je n'ignore pas par ailleurs qu'un certain organicisme fascisant, via la fascination pour les corporations médiévales par exemple, est depuis longtemps (1910), et pas depuis avant-hier, le point de passage entre le mouvement ouvrier et le fascisme naissant (se constituant comme idéologie). Et il suffit d'écouter deux minutes A. Soral pour comprendre à quel point le virilisme productiviste et nationaliste d'une certaine "gauche" est pour lui pain béni.
Mais venons-en au livre de Juan Branco. D'abord disons que je veux défendre ici seulement la version publiée : réécrite, sourcée, élaguée de formulations plus maladroites, et pour certaines problématiques.
J'ajoute qu'en ce qui me concerne, la seule caractérisation d'E. Macron qui m'intéresse est une caractérisation politique. Je me moque comme de ma première brassière de sa sexualité et du couple qu'il forme avec sa femme.
De même en ce qui concerne G. Attal ou autre proche de la présidence.
Je mets au défi G. de Lagasnerie de citer une phrase du livre de J. Branco qui incrimine les comportements intimes de ces personnages. Il ne peut pas en citer parce qu'il n'y en a pas. Il est obligé de citer les tweets de J. Branco - j'observe au passage que son travail intellectuel lui laisse le temps de lire la littérature numérique de Branco - qui tweete plus vite que son ombre.
On ne juge pas un livre, et l'omerta dont il est l'objet, par les tweets de son auteur. Non, Geoffroy de Lagasnerie, ce livre ne subit pas une omerta parce qu'il est homophobe et encore moins fasciste. Il subit une omerta parce qu'il explique comment E. Macron a été porté au pouvoir par des oligarques qu'il faudrait d'ailleurs qualifier d'oligarques d'état : B. Arnault n'aurait jamais existé si, grâce au pouvoir mitterrandien, il n'était devenu propriétaire de Boussac pour une poignée de cacahuètes, X. Niel sans que l'état lui ait cédé free, Drahi sans que ceux que nous rémunérons pour administrer le "bien public" ne lui livrent une part de la téléphonie privatisée. Ces personnes, à la fois privées et publiques, et ce n'est pas moi qui ait décidé de leur publicité, possèdent l'écrasante majorité des moyens d'information de ce pays.
Alors je voudrais poser une question à G. de Lagasnerie : est-il conscient ou non que l'état français a créé des monstres dont il a ensuite perdu le contrôle (le pouvoir mitterrandien a fait sortir de terre une oligarchie qu'il voulait à sa botte), et que ces monstres sont visibles sous le nom de personnes possédant des fortunes capitalistiques devenues incalculables et d'une puissance véritablement délirante?
Certes, il ne suffit pas d'être anticapitaliste pour être de gauche. Mais je rappellerai à G. de Lagasnerie que le fascisme français a été financé depuis son origine par le capitalisme français :-dans les années 20, par les grands patrons des entreprises textiles du nord (!). Z Sternhell le précise. Je ne me suis pas fait faute de préciser, en ce qui me concerne, qu'il ne suffit pas d'incriminer le capitalisme "international" ou "cosmopolite" comme le disaient les fascistes de l'entre-deux guerres : les GAFAM par exemple. Il faut aussi dénoncer le capitalisme "bien de chez nous".
Et c'est un capitalisme "bien de chez nous" qui est attaqué par J. Branco. B. Arnault n'est pas un "petit patron" : c'est la quatrième fortune mondiale (troisième depuis peu) et la première fortune du pays (merci le Parti socialiste et F. Mitterrand). Ce personnage est davantage une marque qu'une personne, et c'est en tout cas en tant qu'administrateur de la puissance économique qu'il a accumulé que je pointe ici le caractère problématique pour nous tous et pour la démocratie d'une accumulation ayant atteint un niveau inconnu jusqu'ici dans l'histoire de l'humanité.
En tant que le livre de J. Branco montre dans le détail ce que sont les collusions à la chinoise de l'état français et de certaines oligarchies (administrées en effet par des personnes), en tant que démocrate, il faut défendre son existence, et s'étonner qu'aucun média mainstream n'en parle.
Sur ce point d'ailleurs, on peut remercier G. de Lagasnerie d'en dire au moins quelque chose.
Et je répète pour conclure que Juan Branco n'est pas mon ami, que sa pensée politique me paraît confuse et douteuse. Il n'est pas "fasciste" : il est un républicain bonapartiste - espèce politique la plus répandue depuis deux siècles. Il croit, et l'écrit noir sur blanc, à la "vertu" d'hommes providentiels républicains (et il s'identifie manifestement à cette position : mais essayons de voir le côté comique et légèrement pathétique de cette identification).
Je suis d'accord, qu'associée avec le virilisme homophobe, cette position peut dériver vers le fascisme. Et G. de Lagasnerie peut me croire que si J. Branco dérive en ce sens, je serai la première à le dénoncer (et d'une certaine manière, je préviens cette dérive ici).
Sa position politique (surtout confuse, et donc potentiellement confusionniste) n'est en rien la mienne. Et pour lui comme pour les "leaders naturels" qu'il défend, la jeunesse et l'inculture politique n'excusent rien.
Mais laissons à celui qui s'est mis dans une position sociale un peu compliquée, la chance d'évoluer d'une autre manière. De ne pas céder aux sirènes grossièrement flatteuses d'un Dupont-Aignan (en meeting hier soir à Nice) - que je n'hésite pas à qualifier de fascisant. Son narcissisme est-il capable d'y résister? On verra. Sa crédibilité est en jeu, et davantage encore.
G. de Lagasnerie, occupez votre verve à dénoncer, à partir de votre position à vous, ce capitalisme bien de chez nous qui étouffe la démocratie - plutôt que le pamphlet de Juan Branco. Je crois que votre temps sera mieux employé.
Au reste, il suffisait de quelques mots signifiant au lecteur que vous n'aviez pas oublié les accents déchirants avec lesquels Edouard Louis dénonce ce système dur aux dominés, pour que votre colère contre J. Branco puisse être davantage audible. Vous êtes allés trop vite, votre texte manque de nuance - a minima. J'aimerais tant que vous le reconnaissiez.



Kweeped from kweepmail.com by prosper 71 days ago
More Kweeps From kweepmail.com

Add a comment.

If you want to share this kweep with a user, just mention him like this: "@user_pseudo".

Share
Permalink
AD

 Related Kweeps

blindman

Juan Branco, le gendre idéal de l’insurrection

Kweeped from www.egaliteetreconciliation.fr by blindman 56 days ago

Après une recherche "Juan Branco vs Cohn Bendit" je tombe sur çà... allez savoir ?
En mème temps cet après midi il a bien dit qu'il n'était pas LE leader des gilets jaunes, mais plutôt qu'il avait une certaine compréhension du "château" (c [...]

actualites

Juan Branco, idole des jaunes

Kweeped from www.politis.fr by actualites 46 days ago


Dans les entrailles de Paris, où plusieurs millions de voyageurs transitent chaque jour, de nouveaux panneaux publicitaires livrent un message aux accents tapageurs. « Qui ce livre dérange-t-il ? », affiche l’encart sombre, « Numéro 1 des ventes », [...]

×

Change header

Upload
To crop this image, drag a region below and then click "Save Image"
Uploading