Hypothèse d'une fuite de labo : les États-Unis au cœur de l'enquête sur l'origine du Covid-19


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Hypothèse d'une fuite de labo : les États-Unis au cœur de l'enquête sur l'origine du Covid-19

D'abord caricaturée comme complotiste, la thèse de la fuite de laboratoire est désormais creusée sérieusement. Mediapart raconte l'enquête scientifique internationale qui a mis au jour l'opacité chinoise et l'implication des États-Unis dans des recherches controversées.
La pandémie de Covid-19 a nourri de nombreuses controverses scientifiques. L'une d'entre elles, au lieu de s'apaiser, gagne en intensité. Elle tient à l'origine du virus, un puzzle aux pièces patiemment rassemblées, mais toujours éparses et incomplètes.

Aux prémices de la pandémie, le 19 février 2020, 27 experts en santé publique de renommée mondiale ont voulu imposer une seule explication possible, celle de la zoonose, l'émergence naturelle d'un coronavirus passé de la chauve-souris à l'homme. « Ensemble, nous condamnons fermement les théories complotistes suggérant que le Covid-19 n'est pas d'origine naturelle », ont-ils écrit dans une lettre ouverte publiée par The Lancet, un journal scientifique de référence.

« Une partie de la communauté scientifique a voulu fermer le débat sur l'origine du virus avec des arguments d'autorité, c'est un dysfonctionnement majeur », explique José Halloy. Physicien à l'université de Paris, ce spécialiste des « systèmes complexes » du vivant étudie les crises globales, qu'elles soient climatiques ou liées à la soutenabilité des technologies modernes. Au début des années 2010, il a travaillé sur la prolifération des laboratoires de biologie BSL-4 (ou P4, selon la dénomination européenne) dans le monde, susceptibles d'abriter les agents pathogènes les plus infectieux, souvent situés dans des grands centres urbains.

« Nous écrivions alors que cette prolifération de laboratoires BSL-4, mais aussi de laboratoires BSL-3 moins sécurisés où sont manipulés les virus de la grippe et des coronavirus, augmentait le risque de voir survenir une épidémie d'origine accidentelle, capable de toucher l'ensemble de la population mondiale, raconte-t-il aujourd'hui. Pour éviter de nouvelles catastrophes, il est crucial de connaître l'origine de ce virus, en étudiant toutes les hypothèses, que ce soit un accident de recherche ou une zoonose, qui peut être aussi une conséquence des activités humaines. »

La ville de Wuhan, 11 millions d'habitants, est une place forte de la virologie mondiale. Y est installé le laboratoire BSL-4 de haute sécurité construit avec l'aide de la France (lire notre précédent article ici), ainsi qu'une dizaine de laboratoires de virologie BSL-2 et BSL-3 de moindre sécurité, au sein de l'Institut de virologie de Wuhan (WIV), de l'hôpital central, de l'université de Wuhan, de l'université agricole de Huazhong, de l'Institut de technologie de Wuhan ou du Centre de contrôle des maladies (CDC) de la province du Hubei. « On sait que les coronavirus ont été manipulés à Wuhan dans des laboratoires BSL-2 et BSL-3, explique José Halloy. C'est très lourd, très cher de travailler dans les BSL-4. Ils sont réservés aux virus directement pathogènes pour les humains. »

Cette recension des laboratoires de la ville chinoise a été illustrée par le collectif de scientifiques DRASTIC – pour « Decentralized Radical Autonomous Search Team Investigating Covid-19 » –, qui s'est très vite constitué, sur le réseau social Twitter, pour enquêter sur l'origine de la pandémie. Il comprend des biologistes, des généticiens, des ingénieurs, des spécialistes de l'open data, des sinologues, certains anonymes et d'autres non.

Les doutes sur l'origine accidentelle du virus se fondent bien sur les données de la science. Aux prémices de la pandémie, en février 2020, les virologues français Bruno Coutard et Étienne Decroly publient une étude qui fait aujourd'hui référence sur le Sars-CoV-2. Ils constatent que le nouveau coronavirus est un nouveau lignage proche du Sars-CoV, le coronavirus à l'origine de l'épidémie de Sras de 2002. Mais les chercheurs constatent qu'il diffère de ses cousins en raison d'un site de clivage à la furine, une enzyme cellulaire, sur sa protéine Spike.

La furine coupe en deux la protéine Spike, ce qui « décuple sa capacité de reconnaissance des récepteurs ACE2 des cellules humaines et accroît très fortement la transmission interhumaine du virus », explique Étienne Decroly. L'origine de ce site de clivage par la furine reste mystérieuse et laisse ouvertes deux hypothèses : « Les virologues sont capables d'introduire en laboratoire des sites furine sur la protéine Spike, c'est une manipulation courante en virologie. Mais l'apparition de ce type de clivage peut aussi être un processus naturel, comme l'atteste la présence de sites sensibles à la furine chez d'autres coronavirus humains », tempère le virologue.

Leurs travaux intéressent « des physiciens, des virologues, des biologistes, des spécialistes de la phylogénie [la généalogie des virus – ndlr], nous nous connaissions pour la plupart. Nous avons partagé le même étonnement sur le discours dominant d'une origine naturelle du virus. Nous avons commencé à creuser la question », raconte Jean Halloy, membre de ce groupe informel baptisé par les journalistes « groupe de Paris ». « Notre groupe s'est ensuite élargi : il est désormais international, pluridisciplinaire », poursuit le physicien. Via les réseaux sociaux, le lien a été vite fait avec le groupe DRASTIC.

Les membres des deux groupes ont publié des études, en ont rassemblé d'autres, parfois exhumées des profondeurs d'Internet. « La Chine a créé une sorte de forteresse sur le sujet depuis l'émergence de la pandémie. Nous avons ouvert une brèche », explique Gilles Demaneuf, un centralien, expert en mathématiques appliquées et animateur depuis la Nouvelle-Zélande de DRASTIC.

« Nous tirons beaucoup d'informations de la consultation de bases de données, y compris chinoises, parfois en nous lançant dans de véritables jeux de piste pour déjouer la censure, mais sans recourir au hacking », précise-t-il. Ils exploitent aussi les « Web archives » – dont les animateurs procèdent à l'archivage systématique du Web dans une perspective de conservation du patrimoine, notamment lorsque la consultation publique est menacée par des États totalitaires. Des informateurs chinois leur ont aussi transmis des documents.

SUITE :
https://www.mediapart.fr/journal/international/150721/hypothese-d-une-fuite-de-laboratoire-les-etats-unis-se-retrouvent-coeur-de-l-enquete-sur-l-origine 



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