Adolphe Thiers, un personnage Balzacien


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Adolphe Thiers, un personnage Balzacien

Ce vendredi 21 mai marque les 150 ans de la funeste Semaine sanglante mettant fin à la commune, la dernière tentative révolutionnaire du XIXe siècle.

En parallèle des polémiques autour du bicentaire de la mort de Napoléon, une partie du spectre politique commémore depuis deux mois les 150 ans de la Commune de Paris.

L’occasion de revenir sur l’opposant principal à l’insurrection parisienne : un certain Adolphe Thiers.

De tous les hommes d'Etat du XIX e siècle, sans doute est-il celui qui en incarne le mieux les contradictions, les hésitations: ordre ou mouvement, progrès ou conservation?

Petit, nasillard et agité, Adolphe Thiers fut un des hommes les plus caricaturés de son temps. Issu d’une petite bourgeoisie périclitante, il trainera jusqu’à sa mort le boulet de son père, escroc notoire ayant passé sa vie à mendier. Totalement imbu de lui-même et inspirateur du personnage balzacien d’Eugène de Rastignac, Adolphe Thiers est un authentique personnage romanesque comme notre histoire aime les forger.

Avocat à l’éloquence médiocre avant de devenir journaliste puis député et plusieurs fois ministre, Thiers sera pourtant reconnu à la fin de sa vie comme un orateur capable à lui seul de discipliner une chambre basse de plus en plus instable, lui qui aura su anticiper les grands drames de son temps et qui mettra fin à l’agitation révolutionnaire du XIXe siècle.

Lorsque Thiers meurt en 1877 après avoir dominé plus d'un demi-siècle de vie politique, l'affliction est quasi unanime: la patrie vient de perdre un grand homme qui a voulu empêcher la guerre de 1870, a libéré le territoire, relevé la France en trois années et fondé la République. Mais cette image se dégrade vite: les statues que les municipalités ont décidé d'élever en son honneur sont bien rarement érigées. De nos jours, il apparaît comme un bourgeois étriqué et égoïste, un médiocre qui n'a jamais eu l'avenir à l'esprit, comme le massacreur allègre de la Commune.

Orléaniste et libéral-conservateur, Thiers fut un des grands défenseurs des libertés de son siècle. Auteur en 1849 d’un fascicule contre le socialisme naissant, cette figure de la monarchie de Juillet puis de la Deuxième République se fera arrêter durant le coup d’État du 2 décembre. Redevenu député à la faveur de la libéralisation de l’Empire, son Discours sur les libertés nécessaires restera dans les mémoires. Pour Thiers, la nature d’un régime importe moins que la garantie d’un certain nombre de libertés.

Sur le plan institutionnel, et à l’inverse d’un Guizot, il estimera que « le roi n’administre pas, ne gouverne pas, il règne », formule quasi identique à celle d’un historien libéral britannique contemporain de Thiers, Thomas B. Macaulay, pour qui le monarque britannique est « un souverain qui règne, mais ne gouverne pas ».

Conformément à ces convictions, Thiers préfère également la prescription à la convention. Dès 1850, ce Clisthène moderne estime que « la République est le régime qui nous divise le moins », symbole de stabilité dans un siècle fait d’agitations, avant d’être deux décennies plus tard un des pères fondateurs de la république la plus libérale de l’histoire de la France.

ADOLPHE THIERS, L’HOMME DE LA DÉFAITE

Pressentant dès le départ le piège de Bismarck, Thiers a été un opposant de la première heure au conflit franco-prussien.

Élu chef du pouvoir exécutif en février 1871, l’homme fort du pays sera naturellement au cœur du processus de paix.

Comme le rappelait en février dernier l’historien Éric Anceau, après de rudes négociations, c’est un Adolphe Thiers presque en larmes qui sort d’un château de Versailles fièrement occupé par le chancelier qui y proclama quelques jours plus tôt l’Empire allemand.

La défaite aura coûté cher : l’Alsace amputée de Belfort, la Moselle et une indemnité de 5 milliards de francs-or. Un montant exorbitant qu’il parvient à réunir en seulement quelques jours et d’en résorber la dette sans instaurer l’impôt sur le revenu exigé par les socialistes qui ne sera mis en place que 44 ans plus tard.

En 1873, le succès de sa politique permet d’accélérer l’évacuation des troupes allemandes. Thiers est alors salué par Léon Gambetta qui le désignera comme « le libérateur du territoire ».

C’est dans ce contexte parmi les plus traumatisants de l’histoire de notre pays que se déroule ce qui sera ensuite la principale accusation formulée contre lui.



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