Mbembe vs Macron : les nouveaux outils de la Françafrique


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Mbembe vs Macron : les nouveaux outils de la Françafrique

Le président Emmanuel Macron avait formulé le vœu de faire du Nouveau Sommet Afrique France, un espace de dialogue direct et ouvert avec la jeunesse Africaine et les diasporas, rompant ainsi avec la tradition qui faisait de ce sommet, un moment de rencontre entre le président Français et quelques uns de ses homologues Africains.

Chargé par Emmanuel Macron de rédiger le rapport sur la refondation de la relation Afrique-France qui servira à alimenter les échanges du 8 octobre, lors du sommet de Montpellier, l'historien et philosophe Achille Mbembe a sillonné le continent pendant sept mois pour ouvrir le dialogue avec de nombreux intervenants Africains.

Achille Mbembe ne s'est jamais privé de tacler sévèrement les présidents Français, jusqu’à ce qu’Emmanuel Macron le charge de réfléchir au renouveau de la relation avec le continent.
Visiblement, le charme du chef de l’Etat a opéré sur Achille Mbembe qui a aidé l’Elysée à accomplir un exercice d’inventaire de sa politique africaine depuis les indépendances. Son rapport est le fruit de concertations dans douze pays d’Afrique et au sein de la diaspora africaine en France. Il a vocation à servir de socle à la nouvelle politique africaine de la France et nourrir la relation Europe-Afrique.

Les conseillers de l’Elysée, les diplomates français, les agents de l’Agence française de développement ont largement contribué à enrichir le document final et nourrir les propositions des douze personnalités de la commission Mbembe.

La finalité de ce travail vise à reconstruire patiemment et méthodiquement le capital d’adhésion à l’idée même de la France et au projet dont elle se veut porteuse dans le monde. L’universitaire préconise la mise en place de nouvelles structures confiées a de nouveaux acteurs. Mais c’est une vieille maison, l’Agence française de développement (AFD), bras séculier de l’aide publique française depuis 80 ans, qui sera grandement mise à contribution pour financer le lancement - et parfois abriter - ces structures. L’AFD sera aussi appelé à jouer un rôle plus politique sur la question de gouvernance et des droits humains. Les diplomates du Quai d’Orsay, jaloux de leurs prérogatives, devraient apprécier.


Les auteurs du rapport de 150 pages proposent, entre autres :

1 - De créer un fond d’innovation pour la démocratie, logé à l’AFD, afin de financer les sociétés civiles en matière de libertés fondamentales, de formation à l’exercice des droits civiques, à l’accès à la justice, à la lutte contre la corruption, la criminalité environnementale et la violence à l’égard des femmes et des jeunes filles. Sa dotation initiale devrait être de 15 millions d’euros.

2 - De bâtir la maison des mondes africains et des diasporas. « Cette structure devrait être une initiative présidentielle, de la même manière, que le musée du quai Branly fut une initiative de Jacques Chirac », écrivent les auteurs du rapport. Cet espace accueillerait à Paris des expositions temporaires, des spectacles, des activités pédagogiques et d’apprentissage des cultures africaines, des conférences dans des domaines comme les arts vivants, plastiques, numériques… Cet institut pourrait porter le nom de Maryse Condé, l’écrivaine guadeloupéenne, et « réaffirmerait la place de Paris en tant que capitale de la création africaine d’hier et d’aujourd’hui ». Sa dotation devrait être de 50 millions d’euros pour les trois premières années. Certains proposent d’en confier la direction à Achille Mbembe.

3 - D’enclencher un programme « Campus nomade » afin de favoriser la mobilité des enseignants et chercheurs. Il s’articulerait autour d’un programme Erasmus africain qui pourrait porter le nom d’Ibn Khaldoun, grand savant arabe, d’un Collégium franco-africain dédié aux travaux des scientifiques. L’Allemagne, le Maroc et à l’Afrique du Sud pourraient être associés à ces initiatives. Sa dotation initiale devrait être de 5 millions d’euros.

4 - D’initier un forum euro-africain sur les migrations, avec un secrétariat permanent, qui servirait d’enceinte de dialogue et d’information des différents acteurs en vue d’élaborer des recommandations.

5 - De lancer une plateforme de débats Afrique-France, un outil de brainstorming pour faire émerger de nouvelles idées et des coalitions d’acteurs pour mener des combats sociaux, sociétaux, environnementaux… Sa dotation initiale devrait être de 3 millions d’euros.

6 - De relancer la coopération muséale qui permette la mise en œuvre des recommandations du rapport Sarr-Savoy sur le sujet en matière de restitution et de mise en valeur des biens culturels africains. Cela permettrait notamment la circulation des œuvres d’art entre la France et l’Afrique. Coût du projet : 5 millions d’euros.

7 - D’accompagner la jeunesse africaine vers l’emploi en orientant la diplomatie économique française et la coopération universitaire en faveur de la formation professionnelle et du compagnonnage.

8 - De créer une Commission intercontinentale sur la transparence économique. Elle établirait notamment une cartographie des investissements et de la présence économique internationale sur le continent, soulignerait les zones d’ombre et les manques sur un site internet consultable par tous.

9 - De développer le programme « Start-up Africa France » pour le conseil, la mise en relation des investisseurs, le financement des entrepreneurs numériques. Sa dotation initiale devrait être de 32 millions d’euros.

10 - De faire entendre la « voix de l’Afrique » sur le climat et la biodiversité

11 - De transformer l’aide publique au développement, l’APD étant associée à des relents colonialistes ou paternalistes. Le rapport préconise la constitution d’un groupe de travail sur ce sujet avec des représentants africains, des institutions internationales et de la société civile.

12 - De tisser un nouveau narratif entre l’Afrique et la France, en confiant ce travail à une commission présidée par des historiens africains ou franco-africains.

13 - De refonder les relations avec l’Europe du XXIe siècle sur la base d’un nouveau traité entre les deux organisations continentales.



Douze personnalités ont participé au comité de réflexion présidé par Achille Mbembe :
Vera Songwe, secrétaire de la commission économique pour l’Afrique ;
Souleymane Bachir Diagne, directeur du Centre d’études africaines à la Columbia University ;
Lori-Anne Theroux Benoni, directrice de l’Institute for Security Studies à Dakar;
David Adjaye, directeur d’Adjaye and Partners ;
Thuli Madonsela, titulaire d’une chaire à la Stellenbosch University ;
Alain Mabanckou, écrivain ;
Dr Denis Mukwege, Prix Nobel de la paix ;
Koyo Kouoh, directrice du Zeitz Museum ;
Pap Ndiaye, directeur du musée national de l’immigration ;
Leyla Dakhli, Professeur au Centre Marc Bloch ;
Kako Nabukpo, commissaire de l’Uemoa ;
Mohamed Mbougar Sarr, écrivain ;
Chimamanda Ngozi Adichie, écrivaine.



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