La Maja nue » de Goya


goya, peinture, paint, inquisition
La Maja nue » de Goya

Cachée grâce à un mécanisme secret derrière son double habillé, la mystérieuse Maja nue (1790–1800) de Francisco de Goya a failli mener le peintre espagnol au bûcher. Retour sur l’histoire mouvementée de ce nu historique – le deuxième peint en Espagne après La Vénus au miroir de Vélasquez (1650) – qui a inspiré la sulfureuse Olympia de Manet en 1863 !

À une époque où l’Inquisition espagnole refuse même les nus mythologiques, l’audacieux Goya (1746–1828) laisse entrevoir quelques poils pubiens au creux de ses cuisses fermées. Environ 70 ans avant L’Origine du monde de Courbet (1866), c’est peut-être la première fois que la pilosité intime d’une femme « réelle » (et non une nymphe ou une déesse) est représentée. Pour ajouter au culot de ce nu, la jeune femme est quasiment représentée grandeur nature sur cette toile longue d’1,90 mètres !

Mais l’œuvre n’était pas conçue pour être vue de tous. Peinte entre 1790 et 1800, elle faisait partie du cabinet secret du puissant courtisan Manuel Godoy (chef du gouvernement espagnol nommé par le roi Charles IV) où elle était dissimulée, grâce à un ingénieux mécanisme coulissant, derrière une réplique habillée ! Sœur jumelle de la Maja desnuda, la Maja vestida est allongée dans la même pose et ses vêtements – un boléro et une robe blanche rentrée entre ses jambes – ne font que couvrir sa peau sans cacher ses formes. Comme s’ils avaient été peints par-dessus le nu pour en masquer uniquement les détails « inacceptables », rendant encore plus érotique la deuxième toile, dont la révélation s’apparente à un effeuillage coquin !

En mars 1808, le peuple madrilène se révolte et le secrétaire d’État Manuel Godoy échappe de peu à un lynchage public. Renversé, le roi Charles IV laisse place à son fils Ferdinand VII… qui met la main sur les biens de Godoy et découvre la Maja nue, qu’il confisque aussitôt ! L’Inquisition, tribunal d’Église né au XIIIe siècle en France pour réprimer l’hérésie, était tombée en désuétude avant de renaître en Espagne en 1478, instaurant une terreur durable par le biais d’autodafés, de tortures et de condamnations à mort (peut-être environ 2000) durant le XVIe siècle et la fin du XVe. De 1808 à 1813, l’Espagne est occupée par l’armée napoléonienne et ce terrible tribunal ecclésiastique est aboli… mais rétabli presque aussitôt, en 1814, dès le retour au pouvoir de Ferdinand VII. Souhaitant faire un exemple pour « mater » le vent d’insoumission qui souffle en Europe depuis la Révolution française, l’Inquisition intente un procès contre Goya pour obscénité. En théorie (même si cette issue est devenue plutôt rare), le peintre risque de finir brûlé vif…

Grâce à l’appui du puissant cardinal Luis María de Borbón y Vallabriga, le peintre est miraculeusement acquitté. L’Inquisition ne sera bannie par la loi qu’en 1838, dix ans après sa mort. Mais les deux toiles resteront dissimulées dans une salle fermée de l’Académie royale de San Fernando jusqu’en 1901, année de leur entrée au musée du Prado, 73 ans après la mort de l’artiste ! Désormais, la Maja nue fait la fierté du pays. Le 15 juin 1930, les postes espagnoles émettent une série de timbres à son effigie – les premiers de l’histoire représentant une femme nue. Affolé, le gouvernement des États-Unis, où la prohibition est encore de rigueur, fait retourner à l’expéditeur toutes les lettres comportant la brûlante vignette.



Kweeped from www.spainisculture.com by charles 49 days ago
More Kweeps From www.spainisculture.com

Add a comment.

If you want to share this kweep with another user, just mention him like this: "@pseudo".

Share
Permalink
AD

 Related Kweeps

×

Change header

Upload
To crop this image, drag a region below and then click "Save Image"
Uploading