Morts de désespoir L'avenir du capitalisme - Par Angus Deaton et Anne Case


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Morts de désespoir L'avenir du capitalisme  - Par Angus Deaton et Anne Case

Serait-ce la fin du rêve américain ?
L’espérance de vie aux États-Unis a récemment baissé : du jamais-vu en Occident depuis 1918.
Durant les deux dernières décennies, le nombre des suicides ou des décès dus à l’alcoolisme et à la consommation de drogues n’a cessé d’augmenter.

Anne Case (professeur émérite d’économie et d’affaires publiques de l’université de Princeton) et le prix Nobel d’économie Angus Deaton ont été les premiers à tirer la sonnette d’alarme face à ce phénomène qui affecte principalement la classe ouvrière blanche.

Ils dressent dans cet ouvrage le portrait d’une Amérique dont le système économique et social conduit à l’enrichissement toujours plus important des riches, tandis qu’il abandonne les non-diplômés, autrefois portés par l’American Dream et désormais condamnés au désespoir.

Les auteurs livrent une analyse puissante de la façon dont les excès du capitalisme détruisent les classes populaires américaines et ruinent tous leurs espoirs.
Ils proposent également des pistes pour enrayer cette spirale mortifère.

Les deux auteurs décrivent d’abord, courbes à l’appui, l’ampleur du phénomène − et elle est catastrophique. On parle ici de centaines de milliers de morts. Ils en décortiquent ensuite les causes. Elles sont les mêmes que celles qui ont plongé une bonne partie de la population afro-américaine dans la pauvreté, la maladie et la drogue trente ans auparavant : le manque d’emplois stables et bien payés.

Après la classe ouvrière noire, la classe ouvrière blanche est frappée par la concurrence des industries des pays à bas salaire, l’irruption des technologies de l’information, « l’ubérisation » croissante des emplois de service, l’écrasement ultralibéral des protections réglementaires et syndicales. Le revenu des ouvriers blancs a reculé de 13 % entre 1979 et 2017, quand le revenu national américain par habitant a augmenté de 85 %. C’est le « ruissellement inversé » décrit par les auteurs : aux Etats-Unis, le revenu des plus pauvres a été redistribué aux plus riches.

Le mérite de ce livre est de ne pas se limiter à ces froides statistiques, mais de montrer comment cet « effet de pauvreté » touche fondamentalement la vie sociale, affective, psychologique de ses victimes, privées des moyens de se protéger des aléas de la vie. D’où l’explosion des taux de suicide, de décès par alcoolisme et par overdose de drogues et d’opiacés…

PROFIL DES VICTIMES
Les Américains blancs non hispaniques, hommes et femmes âgés de 45 à 54 ans, ayant un niveau d’études inférieur au master (Bac+4). Leur taux de mortalité est passé de 30 sur 100 000 en 1990 à 92 sur 100 000 en 2017. Il demeure moins élevé que celui des Noirs, dont l’espérance de vie est aussi moins longue, mais le fait notable est que ce taux augmente tandis que celui des Noirs reste stable.

DE QUOI MEURENT-ILS ?
De mort violente (suicide, overdose, « empoisonnements accidentels ») et de toutes les pathologies du foie liées à l’alcool. C’est le point qui a déclenché l’attention d’Anne Case et Angus Deaton.

QUELLES SONT LES CAUSES ?
Les auteurs détaillent trois grandes faillites du capitalisme américain qui fabriquent ces laissés-pour-compte. Premièrement, le système de santé, le coût des assurances et en particulier le lobbying des laboratoires pharmaceutiques sur les opioïdes, ces médicaments anti-douleur fortement addictifs étant responsables de bien des dérives et décès. Deuxièmement, les effets non maîtrisés de la mondialisation, de la financiarisation de l’économie et de la robotisation : les « morts de désespoirs » sont les déclassés de la classe ouvrière. « La bourse récompense la redistribution aux dépens du travail et au profit du capital », notent Case et Deaton. Sans compter le poids exorbitant du lobbying des très-riches sur la politique. Troisièmement, la course aux diplômes : le coût des études supérieures est prohibitif pour beaucoup, et, dans le même temps, les emplois de bonne qualité et bonne rémunération pour les non-diplômés ont disparu.

CONCLUSION :
la pauvreté n’explique pas tout (les « morts de désespoir » ne sont pas les plus pauvres), et la redistribution classique (prendre aux riches pour donner aux moins riches) ne règlera pas le problème – l’impôt sur les grandes fortunes ou le revenu universel ne sont pas pour eux des solutions viables en Amérique. Car le problème n’est pas l’inégalité en soi, mais l’inéquité et l’injustice. Ce que Case et Deaton accusent le plus, ce sont tous les mécanismes de détournement de la rente (par exemple les dépenses de santé ou d’éducation) ou de « redistribution vers le haut ».



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