«Les Versets sataniques»: une dizaine de pages dans le 2ième chapitre qui ont enflammé le monde


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«Les Versets sataniques»: une dizaine de pages dans le 2ième chapitre qui ont enflammé le monde

L’attaque au couteau perpétrée vendredi contre Salman Rushdie intervient plus de 33 ans après la fatwa de l’ayatollah Khomeiny, guide suprême de la révolution islamique iranienne. Ce décret religieux condamnait l’écrivain à mort.

Le 14 février 1989, dans une fatwa, Rouhollah Khomeiny demande «à tous les musulmans zélés» d’exécuter l’auteur du livre, les éditeurs et «ceux qui en connaissent le contenu», «afin que personne n’insulte les saintetés islamiques».

L’affaire a démarré en septembre 1988, avec la publication de cette fiction par un éditeur britannique, à une époque où personne ne perçoit encore la montée du fondamentalisme musulman.

Rushdie y raconte les aventures picaresques de deux Indiens, décédés dans un attentat terroriste contre leur avion. Grâce à l’imaginaire de l’écrivain, passé maître dans le domaine du réalisme magique, ils arrivent sains et saufs sur une plage anglaise et se mêlent aux émigrés de Londres, en pleine période Thatchérienne (années 80).

Il s’agit avant tout d’un roman sur le déracinement de l’immigré. «De toutes les ironies, la plus triste, c’est d’avoir travaillé pendant cinq ans pour donner une voix (…) à la culture de l’immigration (…) et de voir mon livre brûlé, le plus souvent sans avoir été lu, par ces gens mêmes dont il parle», écrira l’écrivain.

C’est le deuxième chapitre (quelques dizaines de pages sur plusieurs centaines) qui fait scandale. Salman Rushdie y dépeint des scènes où le personnage, vaguement ridicule, du prophète Mahound – allusion au fondateur de l’islam, Mahomet –, abusé par Satan, prêche la croyance en d’autres divinités qu’Allah, avant de reconnaître son erreur.

En Inde, dès octobre, le premier ministre Rajiv Gandhi interdit l’ouvrage, espérant récupérer des voix musulmanes pour des législatives à venir. Une vingtaine de pays suivent. En janvier 1989, des exemplaires sont brûlés en place publique, à Bradford, au nord de l’Angleterre.

Sa publication aux Etats-Unis déchaîne encore plus les passions. Des auteurs comme Susan Sontag ou Tom Wolfe organisent des lectures publiques. Au Pakistan, des milliers de personnes attaquent le centre culturel américain d’Islamabad en hurlant: «Chiens d’Américains», «Pendez Rushdie!». La police tire: cinq morts.

Les protestations fusent du monde entier, en particulier d’Europe, où le règlement de «l’affaire Rushdie» va être considéré comme un préalable à toute normalisation avec le régime islamique iranien. Londres et Téhéran rompent leurs relations diplomatiques durant près de deux ans. Le 2 mars 1989, 700 intellectuels du monde entier soutiennent le droit à la liberté d’expression de Rushdie.

Rouhollah Khomeiny meurt en juin. Salman Rushdie s’explique l’année suivante, en signe d’apaisement, dans un essai intitulé De bonne foi. Mais la colère ne retombe pas.

En 1991, alors que Rushdie recommence à réapparaître en public, son traducteur japonais est poignardé à mort et ses homologues italien et norvégien agressés. Deux ans plus tard, 37 personnes sont tuées lorsque leur hôtel en Turquie est incendié par des manifestants contre le traducteur turc, lequel en réchappe.

En 1998, le gouvernement iranien du président réformateur Mohammad Khatami s’engage à ce que l’Iran n’applique pas le décret. Mais, en 2005, le guide suprême Ali Khamenei réaffirme que tuer Rushdie reste autorisé par l’islam.



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